
Après des années de calme sur le front de l’inflation, les vieux démons sont de retour. En mars, les prix ont grimpé en moyenne de 3,5%, en rythme annuel, dans la zone euro, pulvérisant ainsi tous les records historiques enregistrés depuis la naissance de la monnaie unique.
La Banque centrale européenne, la BCE, qui s’est fixée pour objectif de maintenir les prix en dessous de 2%, regarde cette flambée avec la plus grande inquiétude. Certes, elle en connaît les causes principales : l’or noir, les produits alimentaires et les matières premières en général. Peu à peu cependant la situation semble en voie de stabilisation.
Mais les choses ne sont pas aussi simples. D‘abord parce
que si l’augmentation des prix devient plus modérée, ils restent très élevés. L’énergie, par exemple, restera très chère avec pour conséquence une hausse des coût de revient de la grande majorité des produits, une augmentation du prix des transports etc.
Ensuite parce que pour l’instant, il n’y a pas de récession mais un ralentissement de la croissance qui restera encore très forte en Asie notamment. De quoi donc continuer à peser sur la demande et donc sur les prix.
Enfin parce que cette situation peut rallumer un volcan qui semblait paisible jusque là et qui, s’il se réveille, peut faire des ravages, celui des revendications salariales.
Le mouvement a déjà commencé en Allemagne où les syndicats de la fonction publique par exemple, ont obtenu une revalorisation des traitements de plus de 5% tout comme les ouvriers de la métallurgie.
Les dirigeants européens craignent un effet de contagion. Déjà la confédération des syndicats européens menace.Face à une telle perspective, les experts sont partagés. Les uns écrivent un scénario noir : hausse des taux d’intérêt pour juguler l’inflation, ralentissement accrue de l’économie, hausse de l’euro, chute des exportations, chômage etc.
Pour les autres au contraire, ce surcroît de pouvoir d’achat relancerait la consommation donc la croissance. Mais en économie, il faut se garder des raisonnements simplistes, de court terme.
Si la rigoureuse Allemagne peut se permettre augmentations, c’est qu’elle a réformé à tour de bras, et que les salaires stagnaient plats depuis des années et la productivité a progressé. Ce qui lui permet de battre aujourd’hui des records à l’exportation, malgré l’euro fort.
La France n’a d’autre choix que de celui de suivre cette voie. Elle doit devenir plus compétitive. Toutefois, il ne s’agit pas de tailler sauvagement dans les dépenses. Pas plus qu’il ne s’agit de distribuer du pouvoir d’achat en alourdissant encore la dette. Il faut rationaliser, moderniser, tout en donnant du mordant aux entreprises pour leur permettre d’innover et d’investir. Seule des entreprises en forme peuvent distribuer des salaires plus importants.
Des revenus plus élevés combinés à une économie plus compétitive relanceraient la consommation et redonneraient un coup de fouet notamment au secteur de l’immobilier, ce moteur majeur, malgré des taux plus élevés que les mesures fiscales et … l’inflation ramènent à des proportions plus modestes.
Mais, ce nouvel équilibre qui serait ainsi trouvé, ne signifie pas que tout redeviendra comme avant. Ces dernières années, malgré une croissance forte, les prix à la consommation sont restés modérés grâce à la mondialisation. Le monde entre désormais dans une nouvelle phase. Il faut aujourd’hui s’adapter à l’arrivée sur le marché de nouveaux consommateurs pleins d’appétit, à des ressources rares, des prix de l’énergie, des transports et des matières premières élevés, de l’argent plus cher, des marchés plus volatiles. Il faut trouver de nouvelles façons de consommer, de vivre, d’habiter, d’investir, d’épargner, de répartir les richesses. Il faut inventer le « capitalisme durable ».
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