Les moutons de Panurge et les banquiers centraux

11:34 La chronique de Gabriel Milesi

Gabriel Milesi
Face aux ravages de la crise des « subprime », les institutions financières mettent la main au porte-monnaie pour faire repartir la machine du et sauver la planète financière. Ironie de l’histoire, les Etats viennent ainsi au secours du temple du libéralisme.

Pour remettre en marche une machine économique qui s’enraye, les Anglais ont trouvé la solution. Les banques, en effet, engorgées de immobiliers qu’elles peinent à se faire rembourser ont fermé le robinet des . Ainsi, non contente d’avoir ouvert la porte à une crise grave en prêtant à tout va, voilà maintenant qu’elles aggravent la situation en refusant de prêter.

Faute de , donc de nouveaux acquéreurs, le marché est en panne, les prix baissent, les emprunteurs voient leur patrimoine fondre, les marchés financiers s’inquiètent, la consommation se tasse et la croissance toute entière commence à battre de l’aile.

Pour tenter de renouer avec les beaux jours, la Banque centrale du Royaume Uni a donc décidé de prendre les choses en main. Les banques vont pouvoir échanger des immobiliers contre des obligations d’état pour un montant de 60 milliards d’euros. Grâce à cet ingénieux stratagème, les établissements financiers vont pouvoir assainir leur bilan qui comportera donc de bonnes et solides obligations au lieu de pourris et donc se remettre à prêter. Vont-elles sauter sur l’occasion ? Il y a fort à parier car pour certaines mieux vaut sauter ce pas que de sauter tout court même si ce système n’ira pas sans contrepartie.

La banque centrale britannique aide mais ne va pas jusqu’à prendre en charge les pertes. Les banques devront payer une commission et elles continueront à assumer les risques de pertes liées aux prêtes qu’elles échangent.
Il ne s’agit donc pas de demander au contribuable de boucher les trous. Il n’empêche, une fois de plus, l’Etat est obligé de venir à la rescousse d’un secteur qui a tendance à se laisser aller dans l’euphorie de l’argent facile.

Les Anglais ne sont pas seuls en cause. Non seulement les banques centrales de nombreux pays ont injecté des liquidités dans la machine mais certaines sont allé plus loin et n’ont pas hésité à mettre les mains dans le cambouis. Aux Etats-Unis notamment où l’on a vu la Federal Reserve forcer une grande banque à se vendre pour une somme dérisoire, elle-même couvrant une partie de l’opération.

Ce fut encore le cas en Angleterre où une banque a été nationalisée pour lui éviter de sombrer.
La logique libérale aurait pourtant voulu qu’on laisse les établissements malades se redresser eux-mêmes, s’ils en étaient capables, ou qu’ils mettent la clé sous la porte.

Mais comme dans la fable des animaux malades de la peste, s’ils n’en mourraient pas tous, tous étaient frappés. A combien se montera la facture ? Malgré les appels pressants des autorités les banquiers rechignent toujours a afficher les réels montant des désastres : 300 milliards de pertes annoncées pour l’instant. Mille milliards affirme le FMI !

Les Etats avaient donc le devoir d’agir sous peine de voir la planète financière contaminer l’ensemble des économies.
Contrairement à ce qu’avait connu les Français avec le Lyonnais, les autorités aujourd’hui ont décidé de laisser les pertes aux actionnaires, les rendant ainsi responsables de ne pas avoir suffisamment contrôlé les dirigeants des établissements. Et c’est peut-être sur ce point qu’il faudra désormais mettre l’accent pour mieux réguler les marchés. La finance moderne, grâce à la liberté dont elle jouit, a su innover et permettre un fantastique développement des économies. Mais elle perd aussi parfois le sens du risque.

Et surtout, dès que des profits sont en vue, ses acteurs se précipitent tous dans la brèche comme les moutons de Panurge, ne voyant que les profits, ignorant les dangers, fragilisant ainsi l’ensemble du système,. Les actionnaires réclament toujours plus de gains. Ils doivent aussi veiller au grain.

Gabriel Milesi

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