La bulle, les conjoncturistes et le moral des troupes.

6:42 La chronique de Gabriel Milesi

Gabriel MilesiLa bulle, les conjoncturistes et le moral des troupes.

De nombreuses banques ont désormais le pied sur le frein du crédit. Hier, elles en accordaient à tour de bras, aujourd’hui elles rechignent. La crise des subprimes qui a frappé les Etats-Unis, est passée par là et le monde a brusquement changé. Le balancier est reparti dans le sens négatif. Cette volte face est inquiétante car elle pourrait être porteuse de nuées et aggraver une situation déjà fragile.

La planète financière se comporte désormais comme si monde était un tout, passant à la même moulinette l’ensemble des emprunteurs. Pascal écrivait en son temps : « vérité en deçà, erreur au-delà ». Aujourd’hui, globalisation oblige, tout le monde est logé à la même enseigne. Et pourtant que de différences !

Il est vrai que si l’on veut broyer du noir, les mauvaises nouvelles ne manquent pas. L’OCDE revoit en baisse ses prévisions de croissance, les conjoncturistes s’alarment, le monde entier s’inquiète.

Aux Etats-Unis, les banques saisissant les biens immobiliers qu’elles ont financé sans discernement, prés de deux millions de personnes pourraient se retrouver à la rue, ce qui entraînerait des troubles sociaux mais aussi une chute des prix de l’immobilier. La crise américaine aura sûrement des répercussions sur le reste du monde mais l’effondrement général n’est pas pour demain.

En France aussi, la situation n’est guère brillante. La ministre de l’économie s’efforce d’annoncer que la croissance sera de 2% cette année, les experts la contredisent en permanence. Et les chiffres aussi : l’Hexagone s’est contenté l’an dernier d’un maigre 1,9% d’augmentation de son activité.

Et pourtant, mois après mois, le chômage diminue avec les effets bénéfiques que cela suppose sur la croissance et les comptes sociaux. Les mesures de soutien au pouvoir d’achat ont été adoptées. Elles permettent de puiser dans la participation, ce qui viendra s’ajouter à la revalorisation des retraites et autres largesses gouvernementales. Mais surtout la possibilité existe désormais de défiscaliser les intérêts des emprunts ce qui pourraient compenser la hausse des taux qui s’amorce. A cette nuance prés que Bercy, comme d’habitude, s’est arrangé pour raboter la mesure imposée par le Président de la République en imposant des plafonds.

Il est vrai aussi que la tendance actuelle sur le marché de l’immobilier, est à la baisse, ou plutôt à la pause, selon les derniers chiffres des professionnels. Mais pas tous et pas partout ! Et quoi de plus normal après des années de vive progression ? Faut-il pour autant s’affoler ?
Certes non, car l’immobilier reste une valeur sûre loin des aléas de la planète financière, parce qu’il est concret et qu’il répond à de véritables besoins. Parce qu’il permet de se loger, d’être bien chez soi, ce qui n’est pas le cas d’une action. Et il pourrait l’être encore davantage si l’Etat ne le considérait pas comme une vache à lait facile à traire.

Un peu partout les mauvaises statistiques chassent les bonnes. Un peu partout les pessimistes prennent le dessus. Les Cassandre finissent toujours par avoir raison mais il suffit que Warren Buffet, le sage, propose un plan pour reprendre les grandes compagnies de réassurance pour que la bourse s’envole. Il suffit que quelques sociétés publient de bons résultats et comme par magie, le pessimisme prend un coup de soleil. Ce n’est pas parce que certains ont commis des erreurs, ont cherché à exploiter des clients crédules qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain.

Gabriel Milesi

Une Réponse

  1. Pierre dit:

    Monsieur Milesi,

    Je lis avec beaucoup de reserve votre dernière publication. Selon vous, l’immobilier n’est pas dans une situation de bulle, et aucun crash n’est à redouter. Je vous le dis tout net : je ne partage pas cet avis.

    L’immobilier a connu une flambée des prix sans précédents, qui a d’abord reposé sur une petite pénurie, mais qui a ensuite été chauffé à blanc par le crash boursier de 2000-2003 et par les taux historiquement bas qui ont été mis en place par les banquiers centraux.

    Ce qui est particulièrement étonnant, c est que partout, les memes recettes ont donné les memes resultats. De New York au fond de la creuse en passant par Londres ou Madrid, les prix ont doublé en 8 ans. On pourra entrer dans le detail, mais le calcul en grosses masses donne le meme résultat partout. Et ce doublement de valeur n’a été suivi nulle part par une progression identiques des revenus. On a entendu tous les discours des professionnels qui nous juraient la main sur le coeur que l’immobilier ne pouvait pas baisser et que le marché était sain. Faux, archi faux : le marché est dans une bulle, mais non pas une bulle de marchands de biens, comme a Paris en 1990, mais une bulle de particuliers qui ne croient plus qu’au sacro saint immobilier. Chaque particulier est un spéculateur en puissance, qui met son bien en vente plus cher que celui du voisin vendu 6 mois avant. ET comme jsque la le marché finissait toujours par rattrapper les estimations trop gourmandes, le vendeur finissait par avoir raison. Mais le marché montait, tout simplement parce qu’il montait, comme les figurants du loft sont celebres parce qu’ils sont connus. Malheureusement, cette prophétie autoréalisatrice ne peut pas durer et quelque chose devait y mettre fin. Pour cettre bulle, le clap de fin est sonné par les banques.

    Alors oui, il y aura effondrement, les prix vont baisser pendant au moins 5 ans et perdre partout, je dis bien partout, au moins 30% en 5 ans. Et l’immobilier, après avoir été de toutes les discussions pendant ces dernières années, finira dans l’indifférence, en pleine depression. Quand avez vous pour la dernière fois utilisé le mot “start up” ? Combien de fois le disiez vous par jour en 2000 ?

    Ne vous déplaise, votre analyse et fausse : l’immobilier, ce n’est pas du solide. Pas maintenant.

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